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>>Mon histoire à moi

Taxée de
frigide
je me retrouve divorcée
après 30 ans de fidélité


  Chère madame Mounia,
Je suis une de vos plus fidèles lectrices depuis la création de la rubrique «Premiers Pas» en 199 5 sur le quotidien L’Authentique, puis, depuis que vous avez commencé dans cette magnifique revue, Dzeriet. Seulement, je ne vous avais jamais écrit, car je me retrouvais dans vos réponses aux lectrices. Aujourd’hui, si je me décide, c’est pour lancer un véritable cri de détresse contre tous ces hommes qui se complaisent à nous taxer de  «frigides»   ! Je sais que Dzeriet est très lu par des hommes de tout âge.
Je suis une femme âgée de 57 ans, charmante, universitaire, gentille, douce… enfin une femme que chaque homme rêve d’avoir. Et pourtant  ! Oui, et pourtant  ! Après trente ans de mariage, dont dix dans un semblant de bonheur (au début, lorsque je voulais jouer à l’idiote en continuant à rêver et à croire que l’amour qui nous a unis sur les bancs de la faculté pourrait durer éternellement), je me suis retrouvée divorcée. A deux reprises, j’avais refusé de divorcer à cause de mes enfants en bas âge. La troisième fois, j’ai accepté, car je n’en pouvais plus  ; ma dignité avait pris un véritable coup  ! Tout cela, à cause d’autres femmes  ! Pour certaines d’entre elles, elles étaient mariées et bien  mariées  !
Et pourtant, je vous assure, chère madame Mounia, que je suis une femme très entreprenante du point de vue sexuel  ! Mon ex-époux n’avait rien à envier à personne et je suis bien placée pour en juger. Malheureusement, comme le dit l’adage, qui veut noyer son chien l’accuse de rage. De cette union (malheureuse), quatre magnifiques enfants sont nés et, grâce à Dieu, en bonne santé, parfaitement éduqués et ayant réussi leur parcours universitaire.
Après plus de trente ans de loyauté, de fidélité, d’abnégation, je me suis entendue traiter de tous les noms parce que je ne jouais plus les enjôleuses au plumard. J’ai été largement remplacée par d’autres femmes qui, elles, jouaient tous les jeux certainement… Bref, il a demandé le divorce pour cause de… frigidité  !
Chère madame Mounia, ce n’est pas frigide qu’il faut être, mais meurtrière  ! Seulement, cela en vaut-il vraiment la peine  ? Certainement pas  ! Surtout quand il y a de beaux enfants au milieu  ! Les hommes algériens nous demandent d’être instruites pour tenir une bonne conversation avec leurs supérieurs hiérarchiques qu’ils veulent épater  ! Ils nous demandent d’être belles, bonnes cuisinières, bonnes femmes d’intérieur (pour ne pas dire bonnes femmes de ménage  !), bonnes mamans pour les enfants  ; plus bonnes maîtresses au lit  ! Mais que nous donnent-ils en échange  ? Oui  ? Que nous donnent-ils en échange  ? La plupart du temps, rien ou presque  ! Et en plus, ils se permettent de nous rabaisser, de nous insulter, de divorcer pour cause de frigidité  ! Ils oublient que ce n’est pas de la frigidité, mais du dégoût, de la répulsion, en un mot  : du mépris.
Permettez-moi, chère madame Mounia, de m’adresser à tous ces hommes qui se comportent comme l’a fait mon ex-époux (car je ne généralise pas  ! Il existe des hommes « bien  » dans notre société). Je tiens à leur dire qu’une femme ne naît pas frigide  ; elle le devient bien malgré elle, et en grande partie à cause de son époux  ! A cause de ses agissements inconsidérés. Je m’adresse à cette catégorie d’hommes qui va courir la prétentaine. Puis, subitement, un jour, ils se rendent compte que dans leur lit, il y a un glaçon. Je ne parle pas, non plus de ceux qui pensent avoir épousé un glaçon dès le premier jour de leur mariage alors qu’en fait, « elle  » n’en est pas un, mais qu’il s’agit tout simplement d’une novice. Alors qu’avec un peu de tendresse, d’amour et de sensibilité, on arrive à de bons résultats.
Je parle surtout de ceux qui ont mis leur douce et tendre moitié en hibernation jusqu’à totale congélation, sachant qu’au terme de la décongélation, ils se retrouvent nez à nez avec une chiffe molle, avec une dépressive, avec une défraîchie souffrant d’ostéoporose, etc. Chère madame Mounia, excusez tant de passion, mais ne dit-on pas que  les plus grandes douleurs sont muettes  ? Je vous remercie de me donner l’opportunité de hurler mon désarroi. Je voudrais que l’on entende mon cri, qui est celui de milliers de femmes dans notre société. Dieu  ! Qu’il est facile d’accaparer l’homme d’une autre femme et père de surcroît  ! Mais à quel prix  ? Parce qu’il faut payer  ; n’est-ce pas, madame Mounia  ? S’il vous plaît, publiez ma lettre dès la réception de mon mail et, surtout, donnez-moi votre avis, car il est très important pour mon équilibre mental.
Fadila, la révoltée taxée de frigide.
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