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Théâtre de Prntemps
Le nouveau
souffle
de jeunes comédiens

Un vent nouveau souffle sur le théâtre : la comédienne Adila Bendimerad et la troupe Arc-en-ciel animent jusqu’en juin, trois fois par semaine, le Théâtre de Printemps au Bois des Arcades de l’office Riadh el Feth. Rencontres. Par Kaouther

Adila Bendimerad
Comment vous est venue l’idée de jouer Le Bel indifférent de Cocteau  ?
En France, alors que j’ai eu une formation très sérieuse (licence en lettres modernes et une autre en philosophie), je passais plus de temps comme comédienne dans des cafés-théâtres comiques. Pourtant, je voulais vraiment faire autre chose. Jouer une pièce plus sérieuse qui parlerait du désespoir amoureux par exemple. Plus tard, je suis venue en Algérie pour le tournage de Mey ya mey  (ndlr : une série télé dont elle est l’auteur et où elle interprète le premier rôle). J’étais une actrice en pleine transition. L’envie de monter sur scène était très forte. Connaissant la pièce de Cocteau, écrite spécialement pour Edith Piaf dans les années 40, je voulais absolument la jouer à Alger et en derdja pour être au plus proche de la réalité algérienne. Je trouve que l’universalité de l’oeuvre s’adapte à tous les publics et plus encore à celui d’Alger. Kamel Iaïch, metteur en scène, m’a proposé la version arabe de la pièce qu’on a ensuite appelé Soliloque. J’ai adoré, je n’ai donc pas hésité un seul instant à me lancer.
Créer un théâtre vivant à Alger, un vrai challenge  ?
C’est une esquisse de théâtre indépendant. On a voulu créer une vraie logistique de théâtre, ouvrir une nouvelle scène moderne et populaire. Un spectacle vivant tout simplement. On savait que cela ne serait pas facile notamment pour trouver les financements. Mais notre motivation était plus forte et on s’est dit «   On y va avec les tripes, sinon ça ne marchera pas. » Ce projet a un énorme avantage  : il permet aux artistes d’être programmés pour une vraie saison pendant trois mois. On a voulu par ce projet ouvrir une nouvelle scène moderne et populaire. Un spectacle vivant tout simplement.
Comment s’est fait le choix du théâtre  ?
Au départ, on a essayé de trouver un théâtre à Alger qui accepterait l’idée d’un Théâtre de Printemps. Malheureusement, toutes nos tentatives ont été vaines. Ces théâtres-là nous proposaient deux ou trois représentations. On a essayé aussi de voir s’il y avait une possibilité de se produire dans des petites salles. A notre grande surprise, la plupart projetaient en permanence des matches de foot. On a trouvé cela inacceptable. C’est à partir de là qu’on a eu l’idée de construire un chapiteau pour réaliser notre propre théâtre. Notre devise était  : ne jamais laisser tomber quitte à jouer dans une khaïma. Finalement, l’OREF (Office Riadh el Feth) a salué notre initiative et a accepté qu’on s’installe aux Bois des Arcades autour de la rotonde.
Samir El Hakim, comédien
«   Une occasion pour le public de renouer avec le Théâtre  »
Racontez-nous un peu vos débuts dans le théâtre…
J’ai commencé très jeune, à Sétif, comme plein d’autres jeunes amoureux de théâtre. Ensuite avec le temps, j’ai senti le besoin de faire des études dans ce domaine. Je suis monté à Alger ou j’ai suivi des cours d’art dramatique à Bordj El Kiffan. L’aventure a commencé au Théâtre national d’Alger puis en France, où j’ai fait une tournée avec  Nedjma, une pièce adaptée du roman de Kateb Yacine.
Justement, qu’est ce qui vous a séduit dans cette aventure du théâtre de Printemps  ?
L’aventure en elle-même est séduisante. J’ai salué ce projet et j’ai tout de suite adhéré. C’est vrai que ce n’est pas facile de monter un théâtre. Mais c’est un défi qu’on a envie de surmonter. Et puis pour un comédien, c’est frustrant de répéter un spectacle et de le laisser dans un tiroir. C’est une opportunité pour nous d’être diffusé et pour le public de renouer le théâtre.
Mais vous avez déjà joué la pièce à la salle Ibn Zeydoun en avril 2007…
Exactement. L’Escargot entêté a été monté et joué il y a un an. Je suis très content de la rejouer pendant deux mois. C’est une adaptation complètement libre de Kamel Iaïche, le metteur en scène. La révolte d’un homme par rapport à ses quarante ans d’inexistence. Tout au long de la pièce (1h15mn), il passe d’un état passif à un état actif. C’est tout une rétrospective de son histoire chargée d’énigmes.
Dzeriet a vu la pièce
Lorsqu’on passe toute une vie à éradiquer les rats au service de l’Etat et qu’on est un directeur consciencieux, qui prend à coeur sa tâche, au point de n’avoir ni vie intime, ni amis, ni vie tout court, on pourrait croire qu’on n’a pas grand-chose à raconter. Et pourtant, dans cette interprétation du célèbre roman de Rachid Boudjedra, L’Escargot entêté, on découvre avec étonnement et stupeur, ce qui peut se cacher derrière le visage lisse d’un fonctionnaire  de 50 ans. Au programme, complots, absurdités, haines, dégoût et révoltes  !
Directeur du service de dératisation de la capitale algérienne, le personnage principal de ce monologue, interprété par Samir El Hakim, a décidé de tout dire sur la scène  car aujourd’hui, il n’en peut plus  : les rats et un insolite escargot entêté lui pourrissent l’existence et ce, sous le regard indulgent et moqueur de l’Etat ! Et d’ajouter que l’importance de son travail l’empêche de vivre…Des rires dans la salle ponctuent cette affirmation jugée péremptoire. Le comédien n’en démord pas. Débarrasser la ville des rats est une mission de la plus haute importance. Et de le prouver  : si un rat perce le gazoduc, la ville serait asphyxiée  !
Dès les premières paroles, le ton semble être donné : aucune fausse pudeur ne viendra voiler les confidences qu’il s’apprête à faire sur les complots de ses supérieurs et les milliers de secrets, griffonnés sur de petits bouts de papier, que recèlent les 21 poches de ses habits, ni sur sa vie privée mise de côté pour le bien de la grande institution, ses amis oubliés au profit de la chasse aux rats et les horribles créatures qu’il est le seul à combattre.
Névrosé, rempli de tics, paranoïaque et atteint de multiples troubles obsessionnels, il ne dort plus, ne vit plus, n’existe presque plus. Une seule question l’obsède  : comment se débarrasser des 5 millions de rats qui «rongent notre capitale» ? Ses supérieurs ne veulent rien savoir. Le personnage principal est déçu de ce comportement qu’il juge très grave. Alors que faire  ? Oui, lorsqu’on est le seul à être conscient des dangers, que faire  ? Continuer à éradiquer les rats  ? Crier  ? Abandonner  ?
Il hésite. Les idées se bousculent, les gestes s’enchaînent. Le comédien Hakim bouge, avance vers la scène, ouvre la bouche, ferme les yeux, revient en arrière, rit, crie. Le public est fasciné. Il en a oublié les tracas de la journée  : ne compte plus que la révolte de ce fonctionnaire de 50 ans, touchant parce que authentique dans sa colère. Et tout doucement, alors que la pièce n’est pas encore achevée, se profile en chaque spectateur, l’ébauche de mille et une questions. Qui sont donc ses rats  ? Que peut faire un homme face à tant d’acharnés à part crier sa rage  ? Et aussi, combien sont-ils à sombrer peu à peu dans la folie, parce qu’ils savent ce que tout le monde feint d’ignorer… ?
Féroce. Cette pièce est un cri de révolte. Un tourbillon de remises en questions, qui font un joyeux pied de nez aux bons sentiments.
Scoop  Dzeriet  : le groupe de musique CastiGroove sera en concert à Riadh el Feth le mercredi 9 juillet prochain à l’occasion du festival gnawi. Dans la foulée, il sortira son tout premier album, Dez mhana (pousse avec nous). Leur musique, mélange de son pop, rock, reggae avec «   des touches algériennes » est à l’image de ces huit garçons. Rencontre avec Nazim, ingénieur, chanteur et guitariste.
Nazim, du groupe CastiGroove
«Nous cherchons à concilier les pro-house et les pro-chaâbi»
Comment s’est formé le groupe  ?
Nous nous sommes tous les huit rencontrés à la fac. Fascinés par la nature, la mer et la musique, nous avons jugé que Bou Smail était le meilleur endroit pour faire de la musique. Un groupe s’est formé, des textes ont été écrits, un manager a été trouvé…
Quel public tentez-vous de toucher  ?
Les Algériens… Tous les Algériens. On essaie de rendre nos textes les plus accessibles possibles, tout en sachant pertinemment qu’il y a dans notre société un véritable divorce entre progressistes et conservateurs. Les premiers sont des adeptes de la house et des musiques très occidentales alors que les seconds ne jurent que par le chaâbi. Notre groupe cherche un juste milieu, ou comment réconcilier les deux partis. On voudrait que n’importe qui puisse écouter nos chansons et les comprendre  : que ce soit l’adulte qui a arrêté l’école au primaire, au médecin, en passant par les plus jeunes.
Qui fait quoi  ?
Nazim : Chant - Guitare
Yacine : Guitare Bass
Abdellah : Claviers
Karim : Guitare Acoustique - Guembri
Abdelhak : Mandole , Banjo
Zino : Chant et choeur
Brahim : Batterie
Sofiane : Percussions
Quel genre de textes  écrivez-vous?
Nos textes sont en arabe et en français. L’arabe pour la rythmique et le français parce que je suis francophone. Ce sont des textes réalistes, je ne veux pas vraiment parler de musique engagée  car celle-ci dérange, et je crois que le rôle de l’artiste est d’arranger. Notre groupe veut plutôt faire dans la chanson d’opinion tout en allumant le feu dans le coeur des gens. En même temps, je conçois mal comment un artiste aujourd’hui, peut ne pas être engagé, parce que quelque part il est celui qui dit à haute voix ce que les gens ne peuvent même pas dire à voix basse. Il est celui qui dénonce.
En tant que nouveau groupe, vous trouvez beaucoup de difficultés  à vous exprimer ?
Oui, parce qu’il n’y a pas assez de scènes pour que les groupes se produisent. Sans parler du fait qu’en Algérie, être artiste n’est pas considéré comme un métier. Il faut savoir que ce ne sont pas les Algériens qui dévalorisent l’art mais plutôt ceux qui ont la tâche de s’occuper de l’art et le promouvoir.
Vos projets  ?
On est programmés pour le festival gnawi, le 9 juillet à Riad El Feth et nous travaillons surtout à la sortie du premier album. On cherche aussi des scènes mais la sortie de notre disque nous prend tout notre temps  !
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