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Moi, Hazel, Bulgare,
restée en Algérie par amour


Elle a rencontré son mari, Algérien, en Bulgarie, alors qu’elle n’était qu’au lycée, puis l’a suivi dans son pays. Trente ans après avoir appris le français, l’arabe, s’être fait de vrais amis et fondé une grande famille, Hazel se sent ici chez elle. Confidences d’une femme exceptionnelle.Par Hakima Khedim
J’avais 18 ans quand j’ai rencontré mon mari à Bourgas, la ville où je suis née au sud de la Bulgarie. Il était étudiant et j’étais en Terminale. J’ai su tout de suite que c’était l’homme de ma vie. On s’est connus par le biais d’une amie qui était en contact avec d’autres étudiants Algériens. Au bout de neuf mois, il a été voir mon père pour me demander en mariage.
Au début, le refus de mon père était catégorique sous prétexte qu’il n’avait que deux filles, ma soeur et moi, et que partir aussi loin de lui était inconcevable. Mais devant ma détermination et avec l’aide de mon grand-père, il a fini par accepter. On s’est enfin mariés et dès que mon mari a eu son diplôme, nous sommes venus nous installer en Algérie.

Des débuts très difficiles
Je me suis retrouvée à Alger à 20 ans, dans une famille de vingt-et-une personnes, dans un petit appartement, je ne connaissais personne, je ne pouvais communiquer avec personne vu que je ne savais parler ni l’arabe, ni le français. Malgré des habitudes différentes et un mode de vie totalement étranger au mien, j’étais quand même très heureuse d’être avec l’homme que j’aime.
Mon bonheur n’a pas duré longtemps puisque mon mari a été appelé à passer son service national. J’ai dû repartir en Bulgarie car je ne pouvais pas rester sans lui. Il était un peu l’agent de liaison entre cette Algérie et moi. Ma fille est née en Bulgarie et je suis rentrée à nouveau dès que mon mari a fini ses deux ans de service national. Il a eu un travail et un logement, et là c’est une toute autre histoire qui commence.

Mon mari corrigeait mes exercices
Une fois chez moi, je commençais à apprendre le français, des cours de grammaire et de conjugaison. J’avais quelques notions de latin mais il est très différent du bulgare! Je faisais des exercices que mon mari prenait bien le soin de corriger le soir en rentrant du boulot et de m’expliquer à chaque fois comment faire pour se perfectionner davantage. Quand ma deuxième fille a grandi un peu, je me suis inscrite dans un institut biomédical pour avoir un diplôme de technicien supérieur de la santé. J’ai pu enfin le décrocher, et deux ans après, j’ai commencé à travailler à l’hôpital d’Hussein Dey où j’exerce toujours au laboratoire central.
Puis mon troisième enfant est né. Mon amour pour cette vie que je mène avec mes enfants et mon mari a grandi de jour en jour. Mon cercle de relations sociales c’est agrandi, jour après jour, et le sentiment de solitude s’estompa peu à peu. Je suis parvenue à parler l’arabe et le français, ce qui m’a permis de mieux connaître la société algérienne, ses traditions, ses coutumes.

Je ne suis plus une étrangère
Aujourd’hui je ne me considère plus comme une étrangère, la chaleur et l’hospitalité de mon entourage m’ont offert cette sensation d’être chez moi et parmi ceux que j’aime. J’ai remarqué qu’avec les Algériens on arrive facilement à communiquer et à créer des amitiés !
Bref, je suis devenue une Algérienne à part entière : je cuisine algérien, couscous rechta et tikourbabine, un plat que mon mari et mes enfants adorent.
Je prépare les gâteaux pour l’Aïd, tcharek et baklava, j’ai marié mes enfant à l’algérienne, je peux dire qu’aujourd’hui et malgré toute les difficultés que l’on peut rencontrer dans la vie, avec de la volonté, de la persévérance et l’amour des autres, on arrive souvent à avoir une vie meilleure.
L’Algérie m’a donné beaucoup de choses ! Je suis grand-mère de Siham, Mehdi et Sami qui a 3 mois. Mes amis me sont très chers, j’ai beaucoup aimé la chaleur des gens et du temps -car je viens d’un pays froid-, leur gentillesse et leur générosité. Mais je reste encore interpellée par le nombre d’enfants dans les familles et je me suis rendue compte à quel point pouvait souffrir la femme algérienne.
C’est sûr, je voudrais être enterrée près de tous ceux que j’ai tellement aimé ici en Algérie...
« Je suis devenue une Algérienne à
part entière ! »
 
APPEL A TEMOINS
En septembre, retrouvez dans Dzeriet les confidences de ces femmes qui ont choisi d’exercer un métier d’hommes. Si vous souhaitez témoigner, contactez-nous à : dzeriet@yahoo.fr. Témoignage + séance photo réumnérés.
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